mercredi 20 août 2025

Les deux Gouines (José Bénazeraf, 1975)


 

Résumé de l’intrigue

Un avocat parisien promis à une brillante carrière politique séjourne avec sa femme et sa fille dans une propriété de province. La fille, à la fois fascinée et révoltée, découvre la liaison de sa mère avec un jeune amant. Dans un geste de provocation, elle séduit cet homme, le "vole" à sa mère, puis l’accuse de viol afin de le compromettre. L’affaire menace de ruiner la réputation du père. Pour sauver son image et maintenir son ascension sociale, la solution imposée est paradoxale : marier la fille à l’homme qu’elle a accusé, afin de laver l’affront et de restaurer l’ordre bourgeois.


Une tragédie bourgeoise travestie en érotisme

Sous son titre volontairement racoleur, Les Deux Gouines déploie en réalité une mécanique dramatique héritée du mélodrame bourgeois. L’érotisme n’est pas un simple décor, mais l’instrument d’un jeu de pouvoir et d’humiliation où chaque corps est soumis aux logiques sociales. Bénazéraf, fidèle à son goût pour la provocation, détourne l’imaginaire pornographique vers une méditation sur la corruption morale d’une classe sociale en quête de respectabilité.


La forme : fragmentation et distanciation

  • Montage éclaté : Le récit progresse par blocs narratifs, plus proches d’une succession de tableaux que d’une dramaturgie classique. Cette structure fragmentaire fait ressentir la violence des ruptures : entre désir et culpabilité, entre pulsion et raison d’État.

  • Esthétique de la froideur : Gros plans insistants sur les visages, mouvements de caméra lents et solennels, musique entêtante : tout concourt à transformer ce qui pourrait être une simple intrigue scandaleuse en tragédie stylisée.

  • Érotisme désincarné : Loin du naturalisme pornographique, Bénazéraf filme les corps comme des surfaces glacées, comme des signes d’une lutte symbolique.


Thématiques : famille, pouvoir, sexualité

  1. Le père : figure de l’ordre social et politique, il ne vit qu’à travers son image publique. Sa fille devient l’instrument inconscient de la fragilité de cette position.

  2. La fille : elle est l’élément subversif, celle qui transforme le désir en arme, qui retourne la logique patriarcale contre elle-même — mais son geste se retourne finalement contre elle.

  3. Le mariage final : véritable nœud tragique, il réaffirme la toute-puissance de l’ordre bourgeois : l’injustice est recouverte d’un vernis moral, la victime devient épouse, et la faute se change en respectabilité.


Lecture critique

On retrouve ici toute l’ambiguïté du cinéma de Bénazéraf :

  • Subversion affichée : l’inceste symbolique, la manipulation, le scandale sexuel.

  • Mais réinscription dans l’ordre : au final, le système social triomphe, au prix du sacrifice de la fille.

Cette tension entre désir de libération et retour à la norme est typique du cinéma érotique des années 70 : un cinéma qui veut choquer, mais qui finit toujours par recoudre la déchirure, par ramener le désordre dans les rails du patriarcat.


Réception et postérité

À sa sortie, le film a été catalogué parmi les œuvres érotiques sulfureuses de Bénazéraf, éclipsant sa dimension politique et critique. Aujourd’hui, on peut le lire comme une variation française sur les thèmes de la tragédie familiale et de la corruption bourgeoise, un croisement improbable entre Choderlos de Laclos et le cinéma d’exploitation.


Conclusion

Les Deux Gouines n’est pas qu’une curiosité provocatrice : c’est une parabole sombre sur la famille et la respectabilité, où le désir sert de révélateur à la violence des structures sociales. En choisissant l’érotisme comme langage, Bénazéraf montre les fissures d’un monde bourgeois obsédé par son image. Mais en réinscrivant son récit dans le mariage final, il révèle aussi les limites de son propre cinéma : toujours tenté par la subversion, mais toujours rattrapé par l’ordre qu’il prétend dénoncer.

Film vu par l'intermédiaire de Pulse édition : https://pulsestore.net/produit/josebenazeraf/

Leçons privées (Gérard Kikoïne, 1980, France)

 

 
Réalisation : Frédéric Lansac (alias de Gérard Kikoïne)
Année : 1980
Genre : Drame érotique
Distribution principale :
Sylvia Kristel : Alix
Patrick Bauchau : Charles
 
 
 
Synopsis :
"Leçons privées" raconte l'histoire d'Alix (Sylvia Kristel), une jeune femme embauchée comme gouvernante et tutrice par Charles (Patrick Bauchau), un écrivain en crise. Tandis qu'Alix initie le jeune garçon de Charles à la littérature, une tension érotique grandissante s'installe entre elle et son employeur.
Critique :
 "Leçons privées", sous la direction de Frédéric Lansac, s'inscrit dans la lignée des drames érotiques des années 80, portés par une esthétique soignée et une exploration des dynamiques sexuelles et émotionnelles entre les personnages. Le film, bien que baigné d'érotisme, ne se limite pas à la simple titillation, mais cherche à dépeindre les complexités et les ambiguïtés des relations humaines.
La mise en scène :
Lansac opte pour une mise en scène sobre et élégante, accentuant les regards et les silences qui en disent souvent plus long que les dialogues. Les décors, souvent confinés et intimes, renforcent l'atmosphère de huis clos, où les tensions latentes peuvent se développer sans distractions extérieures. La caméra, souvent proche des visages et des corps, capture avec une délicatesse particulière les moments de vulnérabilité et de désir.
Les performances :
Sylvia Kristel, icône du cinéma érotique de l'époque, livre une performance nuancée et touchante. Son personnage, Alix, est à la fois mystérieux et vulnérable, naviguant entre l'autorité d'une tutrice et les désirs d'une femme. Patrick Bauchau, dans le rôle de Charles, incarne parfaitement l'écrivain tourmenté, en quête de rédemption et d'inspiration, trouvant en Alix à la fois une muse et une tentation dangereuse.
Thèmes et analyse :
Le film explore plusieurs thèmes centraux, dont l'éducation, le pouvoir et le désir. Alix, en tant que tutrice, incarne le pouvoir du savoir et de la séduction intellectuelle, tandis que Charles, par son statut d'écrivain, représente l'autorité créatrice en déclin. Leurs interactions mettent en lumière une dynamique de pouvoir complexe, où chacun cherche à exercer une forme de contrôle sur l'autre, tout en étant vulnérable à leurs propres désirs.
Le choix de Lansac de s'attarder sur les détails sensoriels — le toucher des livres, la chaleur des corps, les sons feutrés — enrichit l'expérience cinématographique, transformant chaque scène en une exploration intime des sens et des émotions. Cette approche sensorielle est caractéristique du cinéma érotique de l'époque, où le visuel est au service de l'évocation plus que de l'explicite.
Conclusion :
"Leçons privées" est une œuvre qui, au-delà de son apparente simplicité narrative, offre une réflexion profonde sur les rapports humains et les jeux de pouvoir qui les sous-tendent. Frédéric Lansac, à travers une mise en scène délicate et des performances convaincantes, parvient à capturer l'essence des désirs humains et leurs complications, inscrivant le film dans une tradition cinématographique où l'érotisme est un vecteur de révélation psychologique et émotionnelle.

Les deux Gouines (José Bénazeraf, 1975)

  Résumé de l’intrigue Un avocat parisien promis à une brillante carrière politique séjourne avec sa femme et sa fille dans une propriété d...