Résumé de l’intrigue
Un avocat parisien promis à une brillante carrière politique séjourne avec sa femme et sa fille dans une propriété de province. La fille, à la fois fascinée et révoltée, découvre la liaison de sa mère avec un jeune amant. Dans un geste de provocation, elle séduit cet homme, le "vole" à sa mère, puis l’accuse de viol afin de le compromettre. L’affaire menace de ruiner la réputation du père. Pour sauver son image et maintenir son ascension sociale, la solution imposée est paradoxale : marier la fille à l’homme qu’elle a accusé, afin de laver l’affront et de restaurer l’ordre bourgeois.
Une tragédie bourgeoise travestie en érotisme
Sous son titre volontairement racoleur, Les Deux Gouines déploie en réalité une mécanique dramatique héritée du mélodrame bourgeois. L’érotisme n’est pas un simple décor, mais l’instrument d’un jeu de pouvoir et d’humiliation où chaque corps est soumis aux logiques sociales. Bénazéraf, fidèle à son goût pour la provocation, détourne l’imaginaire pornographique vers une méditation sur la corruption morale d’une classe sociale en quête de respectabilité.
La forme : fragmentation et distanciation
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Montage éclaté : Le récit progresse par blocs narratifs, plus proches d’une succession de tableaux que d’une dramaturgie classique. Cette structure fragmentaire fait ressentir la violence des ruptures : entre désir et culpabilité, entre pulsion et raison d’État.
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Esthétique de la froideur : Gros plans insistants sur les visages, mouvements de caméra lents et solennels, musique entêtante : tout concourt à transformer ce qui pourrait être une simple intrigue scandaleuse en tragédie stylisée.
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Érotisme désincarné : Loin du naturalisme pornographique, Bénazéraf filme les corps comme des surfaces glacées, comme des signes d’une lutte symbolique.
Thématiques : famille, pouvoir, sexualité
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Le père : figure de l’ordre social et politique, il ne vit qu’à travers son image publique. Sa fille devient l’instrument inconscient de la fragilité de cette position.
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La fille : elle est l’élément subversif, celle qui transforme le désir en arme, qui retourne la logique patriarcale contre elle-même — mais son geste se retourne finalement contre elle.
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Le mariage final : véritable nœud tragique, il réaffirme la toute-puissance de l’ordre bourgeois : l’injustice est recouverte d’un vernis moral, la victime devient épouse, et la faute se change en respectabilité.
Lecture critique
On retrouve ici toute l’ambiguïté du cinéma de Bénazéraf :
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Subversion affichée : l’inceste symbolique, la manipulation, le scandale sexuel.
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Mais réinscription dans l’ordre : au final, le système social triomphe, au prix du sacrifice de la fille.
Cette tension entre désir de libération et retour à la norme est typique du cinéma érotique des années 70 : un cinéma qui veut choquer, mais qui finit toujours par recoudre la déchirure, par ramener le désordre dans les rails du patriarcat.
Réception et postérité
À sa sortie, le film a été catalogué parmi les œuvres érotiques sulfureuses de Bénazéraf, éclipsant sa dimension politique et critique. Aujourd’hui, on peut le lire comme une variation française sur les thèmes de la tragédie familiale et de la corruption bourgeoise, un croisement improbable entre Choderlos de Laclos et le cinéma d’exploitation.
Conclusion
Les Deux Gouines n’est pas qu’une curiosité provocatrice : c’est une parabole sombre sur la famille et la respectabilité, où le désir sert de révélateur à la violence des structures sociales. En choisissant l’érotisme comme langage, Bénazéraf montre les fissures d’un monde bourgeois obsédé par son image. Mais en réinscrivant son récit dans le mariage final, il révèle aussi les limites de son propre cinéma : toujours tenté par la subversion, mais toujours rattrapé par l’ordre qu’il prétend dénoncer.
Film vu par l'intermédiaire de Pulse édition : https://pulsestore.net/produit/josebenazeraf/

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